manuelle ([info]manuelle) wrote,
"on savait qu'en partant,on allait entre autre se foutre gravement dans la merde.Ce qu'on avait pas vraiment compris,c'est que c'est la seule chose qu'on allait vraiment réussir à faire."

J'ai retrouvé Camel à la gare ce matin là,sans savoir si on allait avoir les couilles de se barrer.Quand j'ai préparé mon sac,j'étais à moitié convaincue de ce que j'allais faire.Je me disais que j'allais flipper au final,et puis que j'irais pas,que je me sentirais juste un peu honteuse d'avoir flippé,point barre.
Bien évidemment,Il a direct payé sa trace de C.On a bu deux trois bières,taxé des clopes.Il était nerveux aussi,tout autant que moi.Il avait eu grave raison de prévoir de quoi se mettre le compte avant de partir,parceque sans ça on aurait jamais foutu les pieds dans le train.

Direct,on a enchaîné les merdes avec les controleurs.En étant tous les deux mineurs,on a pas osé donner notre vrai nom,on avait l'air super louches et on était particulièrement déqualqués,excités et tristes à la fois,deux trucs qui vont trop mal ensemble.Mais une fois qu'on a réussi à passer la frontière française,c'est l'euphorie qui a repris le dessus.On était en Espagne,on pensait avoir la vie devant nous,que ce serait juste un peu dur.On était mort de fatigue mais on s'en fouttait,on l'avait fait et on avait la ferme intention de ne plus jamais faire demi tour.Il faisait bien nuit,l'ambiance était moite,encore chaude de la journée.

Avec Camel,on a commencé à tapper des missions.On a acheté des cigarettes pas chères,de l'alcool et du teuch pas cher non plus d'ailleurs.Comme d'habitude,on avait grillé toute la C plus vite que prévu,et je commencais à être vraiment fatiguée.J'ai demandé à Camel ce qu'il préférait qu'on cherche,il m'a dit que la C c'était trop chère.lui,il était vraiment pas bien.Régulièrement,il s'assayait sans rien dire,laissait tous ses membres se détendrent et fumait une clope la tête fixée vers le sol.Il se relevait en respirant très fort,même pas capable de croiser mon regard.

On est allé voir une bande de teufeurs qui avait l'air particulièrement en forme pour l'heure qu'il était.Je sais plus trop comment on a fait pour communiquer avec eux,mais un moment un type m'a tendu 10 trips en me faisant comprendre que je devais cracher 50 euros si ça m'interessait.J'ai regardé Camel qui a trop halluciné de comment c'était pas cher.Il a hésité,prétextant qu'il fallait pas déconner,qu'on savait pas ce que c'était,et puis il a claqué son biftard direct.On est reparti après en avoir pris chacun un.On a continué de marcher un peu avant de sa caller dans une rue pour dormir.

Le problème avec les trips,c'est que la montée est vraiment longue à venir.Et pas forcement simultanée avec les autres.Camel et moi,on a discuté pas mal,on avait tous les deux la jambe battante,j'en concluais que c'était bon signe.La dernière fois que j'ai regardé l'heure et que j'en ai un souvenir,il était 7 heures du matin.C'est quelques instants plus tard que cette foutue merde a explosé dans mon corps.Les mots de camel s'affichait devant moi dans des tons verts et noirs.J'étais terriblement angoissée,surtout que quand je le regardais,je le reconnaissais pas.Il m'a raconté plus tard que j'étais restée fixée sur lui,complètement bloquée et incapable de dire un mot,et qu'il avait trop flippé.Heuresement qu'il est monté un peu plus tard,et qu'on a enfin pu se retrouver dans le même trip.Mon état a stagné,j'étais super bien,envie de faire l'amour et compagnie.On a marché jusqu'à la plage,et le soleil qui apparaissait,et les thunes qu'on dépensait,tout ça sans trop se rendre compte.Et puis,on a quand même fini par entammer notre descente.J'avais froid,j'étais très énervée,des fourmies dans le corps,les larmes faciles et gratuites.Soit j'en reprennais un,soit fallait trouver une autre solution.

Camel a été trop cool.Déjà qu'il était en manque de C et en descente de trip,mais en plus il s'est mis à supporter mes agressions avec le sourire.Il m'a demandé tout ce que je ressentais en détails,m'a tendu 30 euros et m'a dit que la meilleure chose à faire,c'était de trouver de la rabla,qu'il fallait qu'on cherche.Rien que de penser à prendre de la rabla,j'allais déjà mieux.On a eu quand même pas mal de difficultés à trouver,ce qui fait qu'on a repris un demi trip chacun en attendant que ça passe,puis finallement on a pris l'autre moitié tellement notre montée avait été minable.On a trouvé un dealer de rabla dans le coin d'une rue antitouriste.Il faisait des prix mortels et connaissait les bons plans,comme où trouver des stéribox et compagnie.

On s'est callé dans les toilettes d'un bar pour faire notre affaire.On était encore sous trip,du coup on était super stressé par l'aspect enfermé de l'endroit.C'est Camel qui m'a piqué parceque je tremblais trop.Fourmillements dans le corps.On est sorti en se forcant,avant d'aller s'écrouler dans un coin quelques mêtres plus loin.On s'est endormis pour la première fois depuis notre arrivée.

La rabla,Hélène,comme on l'appelait entre nous,est vite devenue notre principal objectif de vie.La journée,on cherchait des plans teufs,et le soir on faisait nos courses.Sauf que ça a commencé à devenir très tendu d'avoir des sous...Camel n'avait plus rien,et tellement de gens tappaient la manche que c'était plus trop efficace.C'est là que j'ai fait comprendre à Camel que j'avais pas peur de coucher pour de l'argent,mais que j'étais pas capable de prendre l'initiative de demander si y'avait moyen.Il a réfléchi un bout de temps.Je me suis souvenue d'un truc qu'il m'avait dit sur sa mère un jour où on s'était bourré la gueule au pif et trancs,qu'elle sortait souvent le soir en planque de son père et qu'il était sur qu'elle allait niquer pour avoir sa dose.C'était un peu génant,mais bon merde,on était quand même dans une putain de situation critique.Finallement,il a utilisé toutes ses techniques de buisnessman.ça m'a rapelé quand on s'est rencontré,j'avais passé 20 minutes à discuter du prix des tazs qu'il me vendait.On était en France à ce moment là,et j'avais bloqué dessus.Quand même,il gérait trop.

ça a commencé comme ça.l'ouverture des vannes.Quand on a commencé à avoir des personnes régulières en guise de compagnie,que tout le monde couchait avec tout le monde contre de l'argent,de la drogue,la place de devant dans la mini voiture qu'on allait prendre,bref,tous les prétextes étaient bons.Camel avait insisté pour que je n'accepte que de l'argent,pas de came ni d'arrangements de merde.Il stressait trop quand je disparaissais avec des zonards pires que tout,se ruait sur moi quand je revenais.Il avait l'avantage de la langue,sinon ça aurait surement été tout autre.Lui,de son coté,volait des portefeuilles dans les bouches de métro ou les immenses rues marchandes.On avait tenté au début à la plage,mais on s'était fait grillé,ça nous inspirait plus au bout du compte.

Au bout de 8 jours,j'aurais tué pour me laver,manger,dormir dans un lit,faire un test hiv et chialé dans les bras de quelqu'un.Au lieu de ça,on s'est mis à tapper de plus en plus,à se piquer avec des aiguilles de merde.Camel me disait que si j'allais pas bien il fallait que j'en parle.Moi,j'étais choquée par la rue,lui l'avait déjà un peu trop connue pour rester bloqué sur des conneries.Mais en vérité,j'avais pas grand chose à dire d'autre que "tu vas pas qu'on se fasse une ligne?".

Un soir,on se balladait à deux,vodka rabla dans le sang,on était plutôt chauds,de bonne humeur quand même.On a alors croisé une bande mecs carrement flippants.L'un d'eux s'est approché de moi,m'a dit un truc que j'ai pas compris et a voulu pécho ma teille.J'étais devenue très peu partageuse depuis que c'était grace à mon cul que je pouvais me payer des trucs,je l'ai donc rammenée vers moi avant de me prendre une beigne.Forcement,avec tout ce qu'on avait dans le sang,c'est parti en méga baston.On était à deux contre quatre barraques,la misère.J'ai vraiment vu ma vie se terminer là,dans cette rue.En un quart de seconde,j'avais imaginé les flics,les pompiers et Camel qui serait complètement paumé pendant que moi,je serais morte tranquilou,là par terre.Au lieu de ça,forcement,ça a tourné au cul.Pas marrant de tapper une fille toute chargée d'héro qui n'a aucune resistance.Je lancais des regards éplorés à camel qui faisait comme il pouvait et qui m'a gueulé de me démerder mais de me casser en courant,très vite.Il en avait deux pour lui,j'en avais deux pour moi,c'était quand même faisable.Je sais plus.Je sais vraiment plus comment j'ai fait parceque ça a du être trop instinctif.Mais quand j'ai senti une main dans ma culotte et des ptits rires excités,comme si ma force s'était déquplée(quoique pas vraiment),je me suis dépétrée de ce piège et comme Camel me l'avait dit,je me suis taillée en courant,en courant vraiment très vite.J'ai entendu ses pas me suivre,on a détalé,détalé,détalé jusqu'à ce qu'on se sente un peu en sécurité.J'ai pas arrété de pleurer,vomir,pleuré,vomir dans ces foutues rues pleines de poubelles.une plaie douloureuse au coin de la lèvre,des coups et une coupure sur le ventre.C'était pas grand chose comparé à camel qui en avait vraiment bouffé.Il a pas voulu dire un mot avant d'avoir fixé.Et,comme on était bien stone après tout ça,on en a conclut que cet épisode n'était pas important.

On a alors squatté un nouveau quartier,on s'est dit qu'à la limite c'était pas plus mal parcequ'on avait un peu de sous et que les autres gens commencaient à nous les casser.On a mis 3 jours pour retrouver de la rabla.J'ai alors vraiment bien compris le sens de manque.Camel,d'une manière générale de toute façon,se controlait beaucoup mieux que moi.Moi,je perdais grave la boule à emmerder tout le monde,les touristes surtout.Je voulais me battre avec tous ceux qui me regardaient,sans trop savoir pourquoi.On bouffait des plaquettes d'anxio,on fumait beaucoup d'herbe mais ça servait à quedalle.Finallement,on a quand même pu retourner en teuf et racheter ce qu'il nous fallait.Je me souviens que j'avais dit à Camel boarf,on aurait encore eu un ou deux lauvais jours et puis ça serait allé,on peut vivre sans came franchement.

On a continué comme ça pendant 3 semaines.4 en tout.On est reparti sur ma demande,parceque j'ai craqué.J'en pouvais plus de toute cette merde.

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